Une décélération pour Sibyle Veil, un crash pour les équipes sur le terrain



Interrogée par Les Échos vendredi 27 mars, Sibyle Veil explique comment "décélérer sur l'offre de programmes de Radio France a été un déchirement". Pour les équipes de France Bleu, sur le terrain, cela a plutôt été vécu comme un incompréhensible abandon de nos auditeurs.
 
Il faut reconnaître le souci de Radio France de protéger ses personnels et de ne pas les exposer. Personne n'a été soumis à la moindre pression pour mettre sa santé ou celle des autres en danger. Mais pour de nombreux salariés de Bleu et notamment des journalistes, le principe de précaution a été poussé au-delà du raisonnable et du compréhensible.
 
Alors qu'une grande partie d'entre nous est en mesure de travailler, la direction de France Bleu a décidé unilatéralement de regrouper les antennes, parfois sur des zones qui n'ont aucune cohérence administrative, historique ou affinitaire.
 
Jean-Emmanuel Casalta expliquait samedi au Point "Nous avons gardé le meilleur de chaque station". Le résultat, en fait, est tout autre, vu du terrain.
 
"Comment pourrons-nous offrir dans ces conditions de l’information de proximité si nous devons nous adresser en même temps aux auditeurs de Privas, Clermont-Ferrand, Saint-Etienne, Chamonix, Échirolles ?" écrivent des personnels de France Bleu Saint-Etienne Loire dans une lettre ouverte.
 
"En matinale, trop peu d’éléments relatif à notre zone d’écoute peuvent être donnés. Un grand nombre d’informations 'concernantes', pratiques, des initiatives solidaires, utiles, locales ne sont plus transmises" déplorent des salariés de France Bleu Azur.

"Les auditeurs qui par dizaines occupaient notre antenne il y a encore quelques jours pour poser des questions, raconter leur quotidien leurs inquiétudes, proposer des services, ces auditeurs que nos chargées d'accueil rassuraient chaque jour par exemple en leur dictant patiemment le texte des attestations, ces auditeurs ont quasi totalement disparu de notre antenne" écrivent les personnels de France Bleu Besançon.

« Depuis que l’antenne est passée Grand-Est, j’ai arrêté d’écouter » (auditeur). « Comme vous êtes passés en mode Grand-Est, les infos locales ne vous intéressent plus » (interlocuteur institutionnel) Voici quelques exemples de messages qui sont adressés à notre station depuis le 25 mars, depuis votre décision, sans concertation, de mutualiser les radios du Grand-Est et de mettre en sourdine les programmes de notre station écrivent les personnels de France Bleu Lorraine Nord.

Dans leur lettre ouverte, les salariés de France Bleu Maine expliquent : "Depuis la semaine dernière, des auditeurs nous disent leur surprise, leur trouble face au programme régional. Comment la chargée d'accueil du Mans peut-elle renseigner l'auditeur au téléphone sur le producteur de légumes à côté de chez lui en Vendée, par exemple ? Comment justifier que de 6 heures à 9 heures, seuls quatre éléments sonores concernent un territoire qui a habituellement une antenne complète ? Comment expliquer qu'on se refuse à traiter tel sujet localement parce qu'il l'a déjà été par la station voisine ?"

Les personnels de France Bleu Pays de Savoie parlent, eux, de "démotivation, incompréhension et colère", d'une "erreur fondamentale et historique".
 
Les équipes de France Bleu Vaucluse expriment également publiquement leur incompréhension : "La direction de France Bleu nous éloigne de nos auditeurs dans un moment crucial. Les Français sont confinés, isolés pour certains. Ils sont en demande d’informations précises, locales".
 
France Bleu est "un service public de proximité. C’est notre définition et notre raison d’être. Souvent le dernier dans les petites communes rurales. Comment mériter encore ce titre quand nous n'émettons plus localement au plus fort de la crise ?" demandent les personnels de France Bleu Berry.
 
"Nous avons prouvé que nous savions nous mobiliser, malgré des conditions dégradées" écrivent les membres de France Bleu Roussillon dans une lettre ouverte. Ils expliquent avoir construit une matinale 100% locale "avec seulement deux personnes physiquement présentes à la station, toutes les autres en télétravail". Ce qui n'a pas empêché la direction de passer en syndication toutes les locales au motif de "trop de personnes sur place"... Pourtant, savez-vous combien de salariés sont présents chaque matin à Inter ou à Info ?
 
"Les locales de Radio France qui peuvent encore s’organiser avec leurs moyens, avec leurs compétences doivent pouvoir le faire localement pour assurer cette continuité du service public. Nous pouvons le faire à France Bleu Champagne-Ardenne" expliquent les personnel de la locale dans leur courrier.
 
"Nous vous demandons simplement de nous autoriser à faire notre travail : de la radio de proximité" prient les salariés de France Bleu Drôme Ardèche qui expliquent que "rarement nous avons reçu autant d'appels d'auditeurs : ils ont besoin de témoigner, de poser leurs questions. Nous sommes là pour les écouter, les rassurer, les renseigner".
 
"C'est dans une crise que notre rôle de radio de proximité prend tout son sens. Le slogan de France Bleu pour cette crise est '100% solidaires' mais la solidarité peut-elle être efficace de loin ?" demande l'équipe de France Bleu Pays d'Auvergne.

"À l’heure où d’autres antennes de Radio France reprennent leurs programmes presque normalement, pourquoi aussi peu de considération pour les locales de France Bleu et leurs salariés ?" demandent, dans leur lettre ouverte,des salariés France Bleu Orléans.

"Avec cette décision, vous perdez aussi notre confiance. Plutôt que de valoriser notre motivation et notre dévouement à notre mission d’informer et de divertir – importante en cette période -, vous suscitez le découragement au sein de l’équipe. Ce lien aussi sera difficile à renouer" avertissent la plupart des salariés de Chambéry.
 
Et les personnels de France Bleu Isère avertissent : "À l’heure où le gouvernement s’interroge sur l’avenir de la radio de service public, nous avons là l’occasion de lui démontrer notre utilité. En capitulant, on se tire une balle dans le pied".
 
La "décélération" voulue par Sibyle Veil et le directeur de France Bleu Jean-Emmanuel Casalta, pourrait bien se terminer en très mauvaise surprise à la fin de la crise.


31 Mars 2020
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