Non au retour de l'ORTF



C’est une offensive coordonnée. D’un côté des sénateurs Les Républicains, dont un administrateur de Radio France, et de l’autre des députés de la majorité présidentielle qui viennent de rendre leur rapport après six mois de Mission sur l’avenir de l’audiovisuel public. Leur projet commun : provoquer un big-bang. Une fragilisation de l’audiovisuel public qui laisse le goût amer du retour vers le passé, sans doute pour célébrer le 50e anniversaire de l'éclatement de l'ORTF.

Les uns prônent en effet la fusion pure et simple de Radio France et de France Télévisions, les autres imaginent une holding pour chapeauter (et diriger) les sociétés de radio et de télé publiques.

Non à une newsroom !

Et tous plaident pour la création d’une newsroom, une salle de rédaction commune regroupant les différentes rédactions actuelles. Leurs modèles sont la BBC et le RTBF, où des projets similaires ont surtout abouti à de très nombreuses suppressions de postes et à des cas de souffrance au travail aigüe, en témoigne le suicide intervenu chez nos confrères belges.

Faut-il redire ici que lutter contre les « fake news », et proposer une information de qualité, vérifiée et honnête nécessitent des moyens humains ?

A croire nos députés et sénateurs, il ne s'agit là que de "renforcer" l'audiovisuel public face aux plateformes américaines, via des coopérations dont ils peinent toutefois à expliquer le sens profond, dès qu'on enlève la couche de vernis technocratique entourant leurs propositions.

Le SNJ Radio France n'est pas dupe. Derrière ce discours se cache une volonté d'affaiblir des acteurs majeurs du débat public en France, de dépecer les rédactions en réduisant drastiquement les effectifs de journalistes et de laisser le champ libre à des concurrents privés qui n'en demandent pas tant. Nos journalistes sont-ils devenus trop dérangeant pour le pouvoir en place qu’il est préférable de les museler ?

L'absurdité du projet se mesure déjà aujourd'hui au travers des coopérations forcées, venues d'en-haut, entre France 3 et France Bleu, ou même à France Info, avec une règle intangible, hélas bien connue, la radio devient la sous-traitante de la télé, son parent pauvre et parfois même son esclave.

Imaginerait-on une fusion ou un rapprochement entre l'Assemblée Nationale et le Sénat, pourtant sans doute générateur d'importantes économies pour le contribuable ?

La publicité comme moyen de pression

Par ailleurs, la volonté parlementaire de supprimer encore plus de publicité sur nos antennes et nos supports numériques parait louable, car source réelle de différenciation avec le privé. Mais difficile de ne pas y voir, là aussi, une volonté d’affaiblissement de l’audiovisuel public, tout en assurant de confortables revenus aux acteurs privés et à leurs actionnaires. Et chacun sait que la promesse de compensation par l’Etat est une illusion, à laquelle plus personne ne croit. Les élus locaux peuvent en témoigner.

Au-delà de la publicité, c’est toute la question du financement de l’audiovisuel public qui reste posée. Car la part de TVA affectée, que les parlementaires semblent adouber, sera toujours liée aux aléas politiques et maintiendra un lien de dépendance entre le pouvoir et nos entreprises, donc nos rédactions.

Le SNJ Radio France ne laissera pas Radio France, dont les succès d'audience y compris numériques sont incontestables, se faire absorber.

Le SNJ Radio France ne laissera pas les rédactions de France Info, France Inter, France Culture et France Bleu perdre leur identité, leur indépendance, leurs compétences et leurs postes.

Le SNJ Radio France se mobilisera, et mobilisera les millions d'auditeurs de Radio France, contre tout projet qui serait néfaste à son avenir.

Le SNJ ira le rappeler dès demain, jeudi, dans le bureau de la ministre de la Culture, avec l’intersyndicale de l’audiovisuel public.



7 Juin 2023
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