France Bleu : la direction cherche l’audience, elle a trouvé la défiance



Depuis quelques années, chaque rentrée radiophonique apporte son lot d’incertitudes, de remises en cause et d’ajustements. À chaque rentrée, à chaque nouveau directeur, nous entendons que "non, ce que nous faisions jusqu’à présent, ce n’était pas bon" ; que la solution est ailleurs pour reconquérir nos auditeurs. Nous nous sommes habitués à ce yoyo incessant. Mais, cette fois, la nouvelle direction sort l’artillerie lourde, au nom de l’urgence, au point de ne même pas pouvoir attendre janvier pour tout casser, pour tout bousculer, pour fragiliser les équipes.
 
Résultat : c’est l’incompréhension et même l’écœurement dans les locales, les "ultra urbaines" et les autres, y compris chez les cadres, pour qui la perte de confiance est totale. Pire, la défiance s’est installée vis-à-vis de la direction de France Bleu.
 
Car comment accepter qu’en plein été, alors que les cadres chargés de faire passer la pilule indigeste étaient en congés, un petit groupe de grands chefs décide de bouleverser complètement les matinales ? 
Comment accepter qu’on demande aux journalistes –déjà très sollicités en matinale– de faire la route et la météo, quand des animateurs le font très bien ? 
Comment accepter une réduction de la place de l’info locale, au nom du marketing et de la communication sur la route ?
 
Comment accepter qu’après nous avoir expliqué, mois après mois, que le sport était clivant et devait être réduit au minimum, la direction impose, du jour au lendemain, une émission quotidienne dans chaque station ? 
Comment accepter cet ordre venu d’en-haut, qui ne s’interroge même pas sur la faisabilité réelle du projet. Car il faut non seulement trouver un animateur qui a suffisamment d’appétence pour le sport, mais aussi des experts ou des consultants, nombreux, intéressants et pas chers… Et cela, sans affaiblir la matinale et sans priver la rédaction d'un nouveau journaliste, alors que la double matinale a déjà mis à mal le reportage.
 
À l’heure où la direction générale et la DRH acceptent –enfin ! – de parler de prévention des risques psychosociaux, le gouffre est vertigineux avec les actes de terrain, à France Bleu. Ils sont loin, les ateliers de grilles, survendus par les directeurs de station.
 
Cette défiance, la direction de France Bleu la paiera cher, en démotivation. Si elle imagine gagner de l’audience contre les équipes, elle se trompe. On en vient à penser que l’idée, la véritable stratégie, est d’affaiblir France Bleu, pour ensuite rendre inéluctable le rapprochement avec France 3.
 
Mais les décisionnaires s’en moquent, ils seront partis quand les audiences toucheront le fond. Et nous, il ne nous restera que les ruines du service public de la radio.


28 Août 2019
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