Affaire Mermet, «Là-bas si j’y suis» : les origines du mal

Les précisions du SNJ Radio France



Affaire Mermet, «Là-bas si j’y suis» : les origines du mal


Non, le CHSCT n’a pas terminé son enquête interne sur l’émission Là-bas si j’y suis.
Non, les syndicats n’ont pas abandonné les collaborateurs de ce programme.
Oui, il y a des problèmes de management qui durent depuis longtemps, trop longtemps, mais pour juger des dysfonctionnements de l’émission, il faut aussi comprendre l’origine du mal.


 

Pratiques inacceptables
L’enquête du CHSCT devait rester confidentielle. L’affaire est maintenant sortie dans la presse et les auditeurs vont être déçus. Sans doute auront-ils du mal à le croire, mais il se passe des choses que nous considérons inacceptables dans le bureau 528 de France Inter. Rapports de travail compliqués et sous tension, reportages commandés non payés, plusieurs témoins ont eu le courage de dénoncer ces dérives… enfin.
Car Radio France connaît depuis longtemps ce qui s'y passe. Déjà en 2004, l’intersyndicale dénonçait dans un tract la précarité version Mermet. Alors pourquoi la maison ronde a-t-elle laissé faire ? Sans doute parce que jusque là, ça l’arrangeait. Et que les résultats d’audience sont toujours au rendez-vous, malgré le déplacement de l’émission à une heure de moindre écoute.
 
Si le CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail) n’avait pas décidé de mettre un terme à ces pratiques, Là-bas si j’y suis continuerait aujourd’hui de ronronner et de faire souffrir des cachetiers. Mais il y a un an et demi (janvier 2012), les élus décident de mettre un coup de pied dans cette fourmilière bien installée. Par un vote à l’unanimité des six syndicats, une commission est créée autour de Là-bas si j’y suis.
Et là, premier couac : à peine lancée, l’enquête interne, pourtant secrète, se retrouve sur Twitter. Qui a révélé l’affaire, au risque de porter préjudice aux témoins qui ont dénoncé les agissements de Daniel Mermet ? Sans doute quelqu’un que cette enquête a fini par arranger, pour se débarrasser de Là-bas si j’y suis. Ce sentiment de manipulation a évidemment compliqué la tâche des élus, qui ont pourtant été au bout des auditions. Mais après avoir décortiqué les « méthodes Mermet », force est de constater que s’il y a souffrance au travail, c’est que la situation à Radio France le permet.
 
Radio France : la précarité instituée
Comment en effet bâtir une émission quotidienne avec des reporters qui couvrent les quatre coins du monde, un animateur star et un budget rikiki ? France Inter peut-elle continuer de diminuer les budgets et les équipes des émissions d'année en année, tout en demandant que le résultat antenne, lui, reste de la même qualité ? Pourquoi Radio France laisse-t-elle des producteurs se comporter en chefaillons avec leurs collaborateurs sans vérifier ce qui se passe dans les bureaux ? Enfin et surtout, comment accepter que la Maison ronde cumule et accumule des strates de précarité : ici, les reporters de Mermet sont des intermittents, payés au lance-pierre, au reportage. Journalistes, mais rémunérés au cachet alors que les rédactions,elles, payent leurs précaires en pige ou CDD, pour le même métier.

Des réponses demandées à l’unanimité
L’enquête en interne suit son cours, et malgré trois présidents successifs du CHSCT Paris Ile de France en moins d’un an, les élus tiennent le cap. Le 1er juillet dernier, ils ont redit leur inquiétude de voir les travaux d’investigation suspendus au gré des changements de présidence. Ils ont demandé à l’unanimité que l’enquête soit menée à son terme. Ils ont également exigé de la direction qu’elle s’engage fermement pour mettre fin à ce système institué de précarité.
La question n’est absolument pas de déboulonner une émission culte de Radio France, ou son animateur. Les dernières informations dont nous disposons prouvent en partie que les élus du CHSCT avaient raison de s’inquiéter d’être manipulés : il est possible que Là-bas si j’y suis perde une journée de diffusion dès la rentrée… et donc une journée de travail en moins chaque semaine pour les reporters de Daniel Mermet.
Non la question est plutôt de savoir comment sortir de ce système d’exploitation des cachetiers. Le fonctionnement de Là-bas si j’y suis n’est pas isolé dans le paysage radiophonique. D’autres émissions pourraient être accusées d’exploiter aussi à outrance leurs collaborateurs.
 
Le SNJ Radio France, membre du CHSCT


10 Juillet 2013
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